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Quelques prénoms et leur histoire

Des graphiques représentant la fréquence annuelle d'attribution de 10 prénoms ont été retenus ici parmi les 500 que contient mon livre sur les prénoms.

D'abord, les prénoms les plus donnés en 1998, soit Samuel et Ariane.

Michel et Louise sont les prénoms les plus portés par l'ensemble de la population. (Louis est sur une autre page)

Nathalie est le prénom qui a connu la plus grande popularité.

On peut déceler ce qui déclencha le début de la vie de Gérard et de Jonathan. David accompagne Jonathan.

Enfin, Roméo et Juliette ont connu une liaison statistique au début du 20e siècle.

Samuel de Champlain, le fondateur de Québec (en 1608), aura attendu près de quatre siècles avant de voir son prénom jouir d'une grande notoriété. Au tournant du 20e siècle, c'est tout juste s'il y a 1 garçon sur 1000 qui reçoit ce prénom. Après une longue éclipse, Samuel réapparaît dans les années 70 et grimpe résolument jusqu'à atteindre la première position en 1995; en 1999, il est choisi pour 1 garçon sur 21.

La petite histoire des prénoms rejoint la grande histoire biblique. Samuel donna l'onction royale à Saül, le père de Jonathan, puis à David, fils de Jessé et beau-frère et ami de Jonathan. Tous ces prénoms, sauf Saül, bougent dans les années 70. Jonathan atteint le premier rang de 1981 à 1983.

Samuel est assez rare en France et n'occupe que le 28e rang aux États-Unis.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 146.

Ce n'est pas un départ de fusée que connaît ce prénom. Ariane débute au commencement des années 70 et sa progression est lente, si bien qu'il n'atteint qu'en 1996 1% des prénoms. Cependant en 1998, Ariane fait un bond spectaculaire et atteint le premier rang des prénoms chez les filles avec une fréquence de 2,3%. C'est une progression tout à fait atypique. En 1999, une fille sur 40 reçoit ce prénom.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 169.

On a peine à croire que le prénom le plus porté dans l'ensemble de la population était plutôt discret pendant le premier quart du 20e siècle. Ce n'est qu'à la fin des années 20 que Michel entreprend sa longue carrière. Pendant les années 40, Michel monte en flèche et atteint son apogée en 1949 et en 1950 alors que 1 garçon sur 14 est baptisé de ce nom. Malgré la hauteur de son sommet, il reste à un niveau très élevé pendant une dizaine d'années et c'est surtout à la fin des années 60 qu'il baisse, mais quand même assez lentement. Pendant les années 90, il retrouve son niveau du début du siècle. Il a dépassé le seuil de 1% des garçons pendant près de 50 ans.

Michel est le grand prénom des baby-boomers; à partir de 1945 et pendant près de 20 ans, il est le prénom le plus attribué. Comme ces générations sont nombreuses, il est le prénom le plus porté encore aujourd'hui, par 1 homme sur 33.

Aux États-Unis, Michael est encore le premier prénom donné aux garçons et cela depuis 1953 (sauf en 1960, 1961 et 1963). Les prénoms masculins ne bougent pas beaucoup aux États-Unis. En France, Michel et le premier prénoms de 1938 à 1955 et est aussi le plus porté dans l'ensemble de la population.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 129.

La notoriété de Louise est telle que c'est le prénom le plus porté par l'ensemble des femmes vivantes actuellement; près d'une femme sur 50 s'appelle Louise. Michel, le premier nom masculin est plus fréquent; il est porté par un homme sur 33.

Au tournant du 20e siècle et jusque dans les années 20, environ 1 fille sur 200 reçoit ce prénom. Les années 30 et 40 voient une progression lente et régulière de Louise qui, à son apogée en 1951, atteint 1 fille sur 19. La descente est plus rapide que la montée et, en 1968, il descend sous la barre du 1%, niveau qu'il a dépassé pendant 37 ans. À la fin des années 80, le prénom est à peu près abandonné.

Louise est un prénom ancien; il y a deux siècles, pendant les années 1730-1765, 1 fille sur 15 le portait sous la forme de Marie-Louise.

Louise est un prénom peu fréquent en France et aux États-Unis.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 225.

Nathalie est le prénom dont la cime et la plus haute: en 1967, une fille sur 7 (ou 14% des filles) reçoit le prénom de Nathalie. Encore très rare en 1960, Nathalie démarre en 1960, atteint déjà 1% en 1962, monte en flèche et explose alors qu'il passe de 6% en 1965 à 10% en 1966 et à 14% en 1967. La descente est un peu plus lente et depuis 1990, le prénom Nathalie n'est à peu près plus choisi. Nathalie est le premier prénom de 1965 à 1970. Parmi l'ensemble des femmes, il n'est qu'au sixième rang, à cause de l'étroitesse de sa base.

Pourquoi cette folie furieuse? Il est bien embêtant de déceler l'élément déclencheur. Nathalie qui s'écrit sans h en anglais, n'a jamais été parmi les prénoms les plus populaires aux États-Unis. La France cependant a connu un engouement inégalé pour ce prénom et au même moment qu'ici: le sommet y est d'une fille sur 13 de 1966 à 1968, soit le niveau record en France, mais loin du score de Nathalie ici. Tout le monde connaît la romance de Gilbert Bécaud avec sa guide moscovite, mais elle date de 1964 alors que Nathalie était déjà à une fille sur 24. Il y a aussi une autre Nathalie, chantée par Éric, un grand succès de 1966. En fait, ce sont plutôt les chansons qui profitent de la vague, mais il est évident qu'elles peuvent l'amplifier.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 251.

Gérard émerge quelques années avant notre siècle et son essor est très rapide puisqu'il atteint son apogée dès 1914 en prénommant près d'un garçon sur 23. Il décline lentement et ce n'est qu'après la deuxième guerre qu'il passera sous le niveau de 1%, niveau qu'il aura gardé pendant 40 ans. Les derniers Gérard naissent dans les années 60. Gérard déloge Joseph du premier rang des prénoms masculins en 1910 et occupe la première place pendant 11 ans. Les générations du début du siècle sont décimées, mais Gérard fait encore partie des 40 prénoms les plus portés.

On observe donc, dès le début du siècle, un engouement spectaculaire pour un prénom tout nouveau. Gérard est un prénom du Moyen-Âge qui avait été oublié depuis longtemps. En France, il a été populaire dans les années 1940, et aux États-Unis, il n'a jamais figuré parmi les premiers. C'est fort probablement la béatification en 1893, puis la canonisation en 1904 d'un Italien mort en 1755, Gérard Majella qui a déclenché le renouveau du prénom. On ne trouve pas de Gérard avant 1893 et on voit bien que sa fréquence s'accélère après 1904. C'est assez inusité de pouvoir déceler l'origine d'une mode, mais cela n'explique pas cependant pourquoi Gérard est devenu un prénom si populaire et si vite. Il n'y a pas eu, à ce que je sache, de dévotion particulière à Saint Gérard.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 97.

Jonathan Livingstone le goéland de Richard Bach est paru en 1970, le film du même nom en 1973, et les Jonathan, inconnus jusque là au Québec, se sont multipliés aussi vite que les goélands, si bien qu'en 1981 et 1982 leur population représente un garçon sur 24. Puis, après une légère baisse Jonathan reste pendant quelques années sur un plateau et prénomme environ un garçon sur 33 avant d'entreprendre au début des années 90 une descente qui paraît décisive. Jonathan succède à Éric comme prénom le plus donné en 1981, mais cède la place dès 1984 à Mathieu.

Jonathan est un des rares prénoms dont on peut identifier l'élément déclencheur. L'impact a été énorme et est encore ressenti 30 ans plus tard. L'amitié du roi David et de son beau-frère Jonathan est célèbre. Curieusement, ils atteignent leurs sommets de popularité en même temps, comme Roméo et Juliette au début du siècle.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 115-116.

Je suis tombé en bas de ma chaise quand j'ai juxtaposé les graphiques de Roméo et de Juliette. Quelle surprise bouleversante de constater que Roméo et Juliette sont unis jusque dans leur destin statistique...

Curieuse histoire que celle de Roméo et Juliette; ils se sont rencontrés à la fin du siècle dernier. Ils ont gravi ensemble la route vers le sommet, qu'ils atteignent au même moment, entre 1905 et 1910, mais Juliette est monté un peu plus haut. Ce n'est pas la fin tragique habituelle, mais après une paisible descente, ils finissent par mourir ensemble dans les années quarante. Juliette semble vouloir renaître ces dernières années. En 1999, le prénom est donné à une fille sur 200. Est-le début du retour des prénoms en «ette»?

Roméo a passé 22 ans au-dessus du seuil de 1 % des naissances et Juliette 23 ans, mais Juliette a prénommé une fille sur 45 alors que Roméo s'est contenté d'un garçon sur 58.

Cette réunion de Roméo et Juliette est l'événement le plus inattendu de cette recherche sur l'histoire des prénoms.

Source: Louis Duchesne, Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, p. 144 et .

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