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Les prénoms homonymes pour les deux sexes

Dans le livre Le nom dans les sociétés occidentales contemporaines, paru en 2005, on trouve le chapitre : Les prénoms mixtes aux XIXe et XXe siècles au Canada, en France et aux États-Unis (pages 143-161). Il s'agit d'une version revue et augmentée de ma communication présentée à  la Société canadienne d'onomastique.

Résumé Summary
Introduction
Les prénoms : vue générale
Le groupe des prénoms homonymes pour les deux sexes
Quelques exemples de prénoms homonymes
Conclusion : les prénoms comme indicateurs sociaux?
Liste des principaux prénoms homonymes

n.b. Les figures et tableaux se trouvent à la fin; un clic dans le texte amène à la figure citée et un autre clic au dessus de la figure permet de revenir au texte.
Ce texte provient d'une communication présentée à la Société canadienne d'onomastique à Toronto, le 26 mai 2002. Vos commentaires sont les bienvenus.

Résumé:
Un mur du son entre les sexes? les prénoms homonymes pour les deux sexes au 20e siècle aux États-Unis, au Canada et en France
Aux États-Unis, on utilise peu les prénoms homonymes pour les deux sexes; Lieberson et al. parlent même de « gender boundary » et mentionnent « an increase in the names's usage for one sex still leads to a decline in its popularity for the other ». En France et au Canada, les prénoms homonymes sont plus populaires, mais leur fréquence varie beaucoup au long du siècle. Contrairement aux États-Unis, plus de garçons que de filles reçoivent un prénom homonyme, et la popularité d'un prénom chez les filles ne fait pas nécessairement diminuer la fréquence du choix de ce prénom chez les garçons. Il n'y a donc pas de mur du son entre les sexes pour les prénoms français.
Une description des principaux prénoms homonymes pour les deux sexes et leur fréquence tout au long du 20e siècle est présentée avec quelques exemples particuliers.

Summary
Sex and the Sound Barrier: Homonymous Given Names for Boys and Girls in the 20th Century in the United States, Canada and France
Homonymous given names for both sexes are not used much in the USA; Lieberson et al. talk about a «gender boundary» and observe that an increase in the name's usage for one sex leads to a decline in its popularity for the other. In France and Canada, homonymous names are more popular, but their frequency has varied a lot throughout the century. Contrary to the USA, more boys than girls are given a homonymous name, and the popularity of a name among girls does not necessarily diminish the frequency of that name for boys. So, there is no sound barrier between the sexes for names in French.
A description of the main homonymous given names for both sexes and their frequency in the 20th century is presented, with a few particular examples.

Introduction

Michel, Michelle et Dominique sont des prénoms si répandus que nous connaissons à peu près tous des personnes portant ces prénoms. Michel et Michelle sont des prénoms homonymes pour les deux sexes. En fait, Michelle a aussi un homonyme du sexe féminin, Michèle. Dominique, quant à lui, est un prénom à la fois homonyme pour les deux sexes et homographe. Si à l'écrit, on peut déduire que Michelle est une femme, on ne peut le faire avec Dominique. Ces prénoms sont si répandus qu'on peut ne pas percevoir d'incongruité particulière dans le choix de ces prénoms. Dans un livre sur les prénoms, je n'ai consacré que huit lignes sur ces prénoms (Duchesne, 2001, p. 38-39) dans une section qui traite des groupes des prénoms, soit quelques lignes de moins que le paragraphe portant sur le groupe des prénoms se terminant en ette. Cependant, la lecture d'un article de Lieberson (et al.), sociologue à l'Université Harvard, The Instability of Androgynous Names: The Symbolic Maintenance of Gender Boundaries, m'a fait examiner de plus près cet aspect des prénoms qui est pourtant évident: il y a des prénoms pour les hommes, des prénoms pour les femmes et quelques prénoms qui sont donnés aux deux sexes.

L'anthropologue Alford qui a étudié les façons de prénommer les enfants dans 52 sociétés préindustrielles (décrites dans les Human Relations Area Files, bien connues des ethnologues) mentionne que la principale caractéristique des prénoms est d'identifier le sexe de l'enfant. Dans les trois quarts des sociétés de son échantillon, le prénom distingue toujours ou le plus souvent le sexe des individus qui le portent. Il y a quand même le quart des cultures où le prénom n'est pas ou n'est que rarement associé au sexe (Alford, 1987, p.66).

Lieberson a étudié les prénoms donnés aux bébés blancs de l'Illinois de 1916 à 1989. Il appelle androgyne les prénoms qui sont homonymes pour les deux sexes. Il mentionne au départ qu'on aurait pu s'attendre à une augmentation de l'usage des prénoms androgynes avec la force du mouvement féministe qui a eu un certain succès dans les domaines linguistique et social. On utilise ainsi des mots épicènes plutôt que masculins, « élève » plutôt qu'« écolier », « personne » plutôt qu'« homme » ou en anglais « firefighter » plutôt que « fireman », « chair » plutôt que « chairman ». Par ailleurs, on tente de diminuer la « ségrégation sexuelle » dans le monde du travail et d'éliminer le « sexisme » dans la société et particulièrement dans l'éducation des enfants; cela aurait pu se refléter dans le choix des prénoms.

Lieberson a trouvé une ségrégation sexuelle très forte des prénoms et peu de changements dans le temps. L'examen des 45 principaux prénoms homonymes l'amène à faire certaines considérations intéressantes. Cette phrase résume bien ses observations : « An increase in the name's usage for one sex still leads to a decline in its popularity for the other » (p. 1271). Le plus souvent, un prénom homonyme pour les deux sexes deviendra à prédominance féminine et les prénoms homonymes sont donc plus fréquents chez les filles. L'auteur applique à l'évolution des prénoms homonymes le modèle de Shelling de ségrégation résidentielle selon la race. « Applying the Schelling model, this would suggest the number of parents disposed to give a name to their son decreases as the name's female proportion increases » (p. 1253). L'auteur parle même des castes indiennes : « We suggest that there are issues of contamination such that the advantaged have a greater incentive to avoid their status confused with the disadvantaged. In this sense, first names are similar to the caste markers of India in the past -- it is far more important for the higher strata to demonstrate their position than it is for those at the bottom of the hierarchy » (p.1285). Lieberson voit donc dans les prénoms homonymes un « gender barrier » qu'on peut assimiler à un mur du son entre les sexes.

Selon ses observations, « It is uncommon for an androgynous name to exceed the 0.2% level of usage for both sons and daughters. After one sex reaches this level /…/, it is rare for its usage to also reach that level for the other sex » (p. 1274).

Alford (1987; p.148-149) avait déjà expliqué la plus grande fréquence des prénoms « sexually ambiguous » chez les filles par deux principales raisons. « First, sex roles in America [il s'agit ici des États-Unis] permit females substantial latitude to behave in "masculine" ways, while males have much less latitude to engage in "feminine" behaviors…(tomboyish or sissy)… Second, when women use men's names, we have a situation in which a lower-status group is borrowing a symbol or accoutrement of a higher-status group… In other expressive domains as well, women freely borrow male symbols (e.g., fashions in clothing), while men shy away from female symbols ».

Ces considérations nous amènent donc à présenter l'évolution des prénoms homonymes au 20e siècle dans l'ensemble des États-Unis, en France et au Canada, plus précisément au Québec francophone. Les données des États-Unis proviennent des fichiers de l'Office of the Chief Actuary, celle de la France de l'INSEE et celles du Québec d'un échantillon de plus de 3 millions de personnes de langue française nées au Québec. Les proportions de personnes qui reçoivent un prénom sont calculées par année en France et au Québec et par période décennale aux États-Unis. Il est important de noter que j'ai réuni les différentes façons d'écrire un prénom, soit les homonymes; ainsi, par exemple, les Sara sont ajoutées aux Sarah.

Les prénoms : vue générale

En examinant les graphiques des fréquences annuelles des prénoms au 20e siècle, on se rend vite compte de l'étonnante similitude de bon nombre des courbes. La figure 1 présente les courbes des fréquences de Simone, Nicole et Éric, qui sont manifestement parentes malgré les décennies qui les séparent et leur niveau maximal atteint. À son sommet en 1912, Simone prénomme 4 % des filles ; 30 ans plus tard, Nicole est donné à environ 5,5 % des filles, et en 1969-1970 Éric est choisi pour 7 % des garçons. À la base des courbes, on peut voir que Simone a passé 25 ans à prénommer au moins 1 % des filles, alors que Nicole reste pendant 30 ans au-dessus de ce niveau et qu'Éric le dépasse pendant 27 ans. Les durées sont bien semblables à ce niveau. La croissance de ces prénoms est plus rapide que leur décroissance; une fois qu'ils ont atteint 1 %, ils touchent leur sommet dans moins de 10 ans, mais ils mettent plus de temps pour descendre, ce qui donne une certaine asymétrie dans le dessin des courbes. Les courbes de ces trois prénoms sont typiques de la vie des prénoms au Québec et en France, mais il y a bien des exceptions.

Les prénoms ne sont pas populaires partout en même temps et n'atteignent pas le même niveau de fréquence. Nicole (figure 2), par exemple, prend quelques années avant de traverser l'Atlantique, mais atteint un niveau plus élevé ici; aux États-Unis, Nicole est donné surtout dans les années 70 et 80 alors qu'il est démodé en France et au Québec. Notons en passant qu'il y a quelques garçons qui reçoivent au Québec le prénom Nicol, mais sa fréquence est trop rare pour lui assurer une visibilité « statistique ». Michel (figure 3) est le prénom le plus porté aujourd'hui en France, au Québec et aux États-Unis (Michael). Il était peu fréquent au début du siècle; il est populaire d'abord en France, puis au Québec et enfin sa durée aux États-Unis est exceptionnellement longue. C'est en français un prénom homonyme. Carole (figure 4) qui est aussi un prénom homonyme apparaît d'abord aux États-Unis, puis au Québec et ensuite en France. Gérard (figure 5) est très populaire au début du 20e siècle au Québec, bien avant la France, mais il reste à peu près inconnu aux États-Unis. On peut donc étudier les migrations des prénoms comme les migrations d'un trait culturel, mais nous voulions plutôt ici illustrer la façon dont les prénoms évoluent et la variété des histoires des prénoms.

Le groupe des prénoms homonymes pour les deux sexes

Je me suis interrogé sur le meilleur qualificatif à donner aux prénoms dont je parle ici. Homonyme est le terme le plus connu. Selon le petit Robert, homonyme quand il est adjectif « se dit des mots de prononciation identique et de sens différents », mais le substantif « se dit de personnes qui portent le même nom ». Il faut donc spécifier prénom homonyme pour les deux sexes. Un homophone signifie « qui a le même son ». Androgyne et unisexe sont des termes qui m'apparaissent plutôt biaisés du côté féminin; mixte ferait l'affaire, mais est plus général. Un mot épicène désigne aussi bien le mâle que la femelle, mais a un seul genre (ex. une souris) et est aussi homographe (s'écrit de la même façon).

À partir des fréquences d'attribution des prénoms homonymes de 1900 à 1999, on peut calculer la proportion (en %) des garçons et des filles qui reçoivent ces prénoms. En cumulant les proportions annuelles, on peut repérer les principaux prénoms. En additionnant les pourcentages annuels pendant 100 ans on obtient une proportion standardisée sur 10 000, soit le nombre d'enfants ayant tel prénom sur un nombre égal à 100 enfants par année et par sexe pendant tout le siècle. Le seuil retenu ici pour la France et le Québec est un total sur un siècle de 1 pour 10 000. Pour les États-Unis, nous avons retenu les 45 prénoms utilisés par Lieberson, mais seulement 4 ne respectent pas ce seuil.

Les prénoms homonymes pour les deux sexes qui ont une certaine visibilité au 20e siècle sont présentés au tableau 1a selon l'ordre alphabétique et au tableau 1b selon le taux croissant de féminité.

Il y a beaucoup moins de prénoms homonymes retenus au Québec et en France, 23 et 26, en regard des 45 aux États-Unis. Les prénoms du Québec et de la France se ressemblent évidemment plus que lorsque l'on fait la comparaison avec ceux des États-Unis. Seulement deux se retrouvent sur les trois listes, Jesse(y, ie) et René(e). En plus Carol(e) est commun dans les listes du Québec et des États-Unis. Cinq prénoms, Alex(e), Carol(e), Doris, Maxime et Stéphane se trouvent au Québec, mais pas en France. Par ailleurs, neuf prénoms ne se trouvent que sur la liste française, Alix(e), Axel(le), Gaël(le), Gwenaël(le), Lilian(e), Maël(le), Morgan(e), Noël(e) et Yannick. L'absence d'un prénom sur une des listes ne signifie pas nécessairement que le prénom n'est pas donné, mais que sa fréquence est très faible du moins pour un sexe. Ainsi, on trouve des filles appelées Maxence en France et au Québec, mais trop peu pour retenir le prénom parmi notre liste des plus importants.

Il y a une grande variété dans la fréquence des prénoms homonymes. La somme des fréquences annuelles d'André en France par exemple atteint 250; ceci signifie qu'avec un nombre de naissances égal à 100 chaque année, 2,5 % des garçons auraient reçu ce prénom, alors que 0,75% des filles auraient reçu le prénom Andrée. Comme il naît en moyenne 105 garçons pour 100 filles, la proportion de filles parmi les André et les Andrée peut être estimée à 23 %. On peut appeler cette proportion le taux de féminité d'un prénom. Ce taux varie énormément. On ne compte par exemple que 1% de filles parmi les Stéphane au Québec, alors que 92 % des « José » sont des filles. On peut remarquer en passant qu'un prénom peut « changer de sexe » selon le pays. José est un prénom plutôt masculin en France. René est plus souvent masculin en français et féminin en anglais. Alexis est un prénom plutôt féminin aux États-Unis et on ne trouve que de rares Alexie en France et au Québec.

En additionnant les fréquences des prénoms retenus, on obtient un total de 14 % de prénoms homonymes chez les garçons québécois, de 15 % chez les Français et de seulement 4 % chez les États-Uniens. En revanche, les proportions sont semblables chez les filles, avec 5 % au Québec et aux États-Unis et 7 % en France. Ce sont donc plutôt des filles (54 %) qui ont un prénom homonyme pour les deux sexes aux États-Unis, alors qu'elles ne comptent que pour 26 % et 31 % des enfants recevant un prénom homonyme au Québec et en France respectivement.

La proportion d'enfants recevant un prénom homonyme pour les deux sexes varie énormément selon les années en France et au Québec (figures 6 et 7). Au tournant du 20e siècle, environ 3% des garçons et 1% des filles ont un prénom homonyme au Québec, alors qu'en France les proportions sont de 14% et de 5% pour les garçons et les filles. Chez les garçons français, la proportion augmente beaucoup et atteint près de 25% à la fin des années 30, puis elle diminue régulièrement par la suite pour n'être que de 3% à la fin du siècle. Le sommet est atteint dans les années 50 et 60 chez les petits Québécois, avec 21% ou 22% de prénoms homonymes, puis leur proportion descend à 11% à la fin du siècle. Chez les filles françaises, le sommet est atteint au milieu des années 40 avec 13%, puis la proportion diminue à moins de 3% dans les années 70 et remonte un peu à 4% à la fin du siècle. Desplanques (1986) souligne la « disparition » des prénoms homonymes pour les deux sexes en France et l'augmentation des homonymes et des variantes pour chacun des sexes.. Au Québec, la courbe de fréquence augmente lentement chez les filles, atteint un sommet de 12% à la fin des années 50, diminue jusqu'à 4% dans les années 80, puis remonte à 6% ces dernières années.

On ne peut s'empêcher de constater que les courbes du Québec semblent un écho des courbes françaises, avec un décalage d'une vingtaine d'années chez les garçons et d'une dizaine d'années chez les filles. On trouve souvent pour des prénoms individuels de tels décalages, la mode française prenant quelques années à traverser l'Atlantique.

L'évolution historique de la fréquence des prénoms homonymes pour les deux sexes est tout autre aux États-Unis (figure 8). Les proportions sont relativement constantes et faibles aux États-Unis. Ainsi, depuis les années 30, il y a environ 5% des garçons qui reçoivent un prénom homonyme. Chez les filles, la proportion est un peu plus élevée, et dans les années 60 et 70, elle monte à 8% pour redescendre à un peu plus de 5% pendant les années 90.

Les Français qui ont été les champions des prénoms homonymes au milieu du siècle se trouvent donc à la fin du siècle avec des proportions plus faibles que même celles des États-Unis, mais au début du 20e siècle, les prénoms homonymes pour les deux sexes étaient encore plus rares au Québec. Pourquoi y a-t-il une si grande vague en France et au Québec et une stabilité aux États-Unis?

Quelques exemples de prénoms homonymes

Nous avons choisi quelques prénoms homonymes qui illustrent la variété des situations, qui sont d'étymologies différentes et de sons finals variés. La courbe dessinée par Michel en France (figure 9) est impressionnante par son ampleur : du début des années 20 à la fin des années 60, plus d'un garçon sur 100 a reçu ce prénom et pendant les années 40, c'est même plus de 7 sur 100. La courbe de Michèle ressemble beaucoup à celle de Michel, mais en plus petit: le prénom débute un peu plus tard et termine un peu plus tôt, mais son sommet a lieu dans les mêmes années, avec un peu moins de 4 filles sur 100, ce qui est un score très important. Pendant les années 1945-49, Michèle est même le deuxième prénom le plus donné chez les filles et Michel est le premier. Pendant ce lustre, Danielle, un autre prénom homonyme, est le premier prénom féminin et Daniel est au quatrième rang chez les garçons. On trouve donc dans cette période deux prénoms homonymes qui sont aux tous premiers rangs des plus populaires. Avant 1920, il y a très peu de Michèle, mais on voit l'essor de Micheline. Micheline est un diminutif féminin de Michel (comme Jacques et Jacqueline); en fait c'est le féminin de Michelin, qui n'est plus utilisé que comme nom de famille (et de pneus). Michèle qui part en deuxième finit par dépasser considérablement Micheline. Au Québec cependant, Micheline a eu un peu plus de succès que Michelle (la terminaison elle est la plus fréquente au Québec).

Après un prénom d'origine hébraïque, passons à un prénom d'origine latine, Dominique (figure 10), qui a la particularité d'être à la fois homonyme pour les deux sexes et homographe, quoique ces dernières années, on utilise parfois la terminaison ic pour les garçons. Au Québec, le prénom est présent pendant la première moitié du siècle pour les garçons, mais bien tranquille. Chez les filles, il débute à la fin des années 40 et culmine à un peu plus de 1% en 1964 (l'année du succès de Sœur Sourire, la chanson Dominique, nique, nique) et diminue lentement par la suite. La mode chez les garçons est plus récente et il y est aussi beaucoup plus populaire. L'évolution des fréquences de ce prénom contredit donc de façon flagrante l'hypothèse de Lieberson et al. que les parents ne donneront pas un prénom « androgyne » à leurs garçons quand il est populaire chez les filles.

Frédéric est un prénom d'origine germanique qui connaît un bon succès chez les garçons au Québec dans les années 70 (figure 11). Malgré une sonorité peu douce, il commence à être donné aux filles et on voit une belle petite vague de Frédérique dans les années 90, avec pas très loin de 1% à son sommet. Ce qui est particulier dans les courbes de ces prénoms, c'est que la montée de Frédérique chez les filles s'est accompagnée d'une remontée tout à fait inhabituelle de la courbe de Frédéric qui affiche donc une courbe bimodale.

Andrée est bien le dernier nom qu'on s'attend à trouver chez les filles puisqu'il vient du grec andros, qui signifie « homme », dans le sens viril ou mâle. C'est bien la preuve du peu d'importance de l'étymologie dans le choix des prénoms. André est le prénom le plus donné au Québec du milieu des années 30 au milieu des années 40 (figure 12). Mentionnons en passant que la hausse de 3,8% en 1936 à 7,5% en 1937 est un « miracle » dû au décès du frère André (son véritable nom est Alfred), le célèbre thaumaturge associé à l'Oratoire Saint-Joseph, et que, dès l'année suivante, le prénom retrouve sa tendance. Andrée n'est pas donné aux filles avant les années 10 et son progrès est plutôt timide. Il atteint quand même le niveau de 1% au début des années 40. En France, Andrée a été plus populaire et 2% des petites filles nées vers 1920 reçoivent ce prénom.

Assez curieusement, Carole est synonyme d'Andrée puisque ce prénom vient du mot germanique karl qui signifie « homme », et qui a transité par le carolus latin. Cependant, si les racines grecques et latines sont parfois encore comprises, la signification des racines germaniques et hébraïques est le plus souvent oubliée depuis longtemps. Carol et Carole (figure 13) apparaissent en même temps au Québec au milieu des années 30, mais Carol plafonne à un niveau plutôt bas, environ 0,3% alors que Carole atteint 3% à la fin des années 50. Aux États-Unis, Carroll ne dépasse guère 0,1% dans les années 30, alors que Carol atteint 2% dans les années 40.

Camille (un nom de famille chez les Romains) est à la fois homonyme et homographe. Dans la première moitié du 20e siècle (figure 14), c'est un prénom donné un peu plus souvent aux garçons en France. Cependant, il réapparaît dans les années 70 et il est maintenant beaucoup plus populaire pour les filles. Les tendances sont les mêmes au Québec.

Gabriel, au contraire de Camille, est plus souvent féminin au Québec au début du 20e siècle (figure 15) et à son retour dans les années 80, il est plus fréquent chez les garçons, mais aussi très populaire chez les filles. Notons en passant qu'il est exceptionnel de trouver deux vagues importantes pour un même prénom à l'intérieur d'un siècle. On a avec Camille et Gabriel, deux prénoms qui à près d'un siècle de distance changent de majorité sexuelle et qui sont néanmoins donnés de façon significative aux bébés du sexe minoritaire.

Comme les fréquences des prénoms homonymes sont moins importantes aux États-Unis, les figures sont moins spectaculaires. Au début du 20e siècle, la popularité de Frances (figure 16) chez les filles (plus de 1%) n'empêche pas les parents de prénommer 0,6% des garçons Francis (qui se prononce de la même façon). Les courbes de Terry chez les garçons et Terri chez les filles (figure 17) se ressemblent et atteignent 0,7% et 0,6% dans les années 50 et 60. Il y a donc aux États-Unis même des exceptions aux observations de Lieberson et al.

Conclusion : les prénoms comme indicateurs sociaux?

Peut-on utiliser les prénoms homonymes pour les deux sexes comme un indicateur social ou culturel des frontières entre les sexes? L'ampleur des variations du recours à ces prénoms au 20e siècle en France et au Canada incite à la prudence. Qui oserait soutenir que la société française d'aujourd'hui est, disons, moins favorable à l'égalité des sexes parce que moins de 5% des garçons reçoivent un prénom homonyme en regard de près quart à la fin des années 30. Serait-il possible que la courbe des prénoms homonymes pour les deux sexes n'ait pas plus de signification macrosociologique que celle des prénoms en ette avec laquelle on peut lui trouver une certaine ressemblance (figure 18). La courbe des fréquences des prénoms en ette chez les Françaises relève indubitablement de la sociologie de la mode, et on ne se risquerait pas à faire de grandes interprétations sur la société française à partir de ce groupe de prénoms. Peut-être doit-on considérer les prénoms homonymes pour les deux sexes comme une mode qui aurait débuté en France à la fin du 19e siècle et qui se serait terminée au début des années 1980? Cette mode arrive au Canada avec un peu de retard, au début du 20e siècle, culmine un peu plus tard et devrait se terminer bientôt. Ce décalage de quelques lustres est d'ailleurs observé lors de la traversée de l'Atlantique de nombreux prénoms. Aux États-Unis, en revanche, la fréquence des prénoms homonymes est à peu près constante chez les hommes depuis les années 30 et on n'observe qu'une petite vague chez les femmes dans les années 60 et 70.

Les prénoms ne vivent pas en vase clos, mais on peut considérer leur histoire assez indépendante des grands événements historiques et sociaux. Par exemple, Bozon (1987) rappelle que ce n'est qu'au XIIe siècle que s'amorce le mouvement de christianisation des prénoms et qu'il s'agissait plutôt d'un effet de mode que d'une demande de l'Église. Un autre auteur, Wilson (1998, p. 336) mentionne aussi, dans la conclusion de son travail sur les noms depuis la Rome ancienne jusqu'à aujourd'hui, que « Christianity had little impact on naming practices until the same central medieval period when naming after the universal saints became very common ». Aujourd'hui, la popularité des prénoms des archanges Gabriel, Raphaël et Michel ou Michaël n'a rien à voir avec la dévotion. La laïcisation ou la déchristianisation de la société ne s'est pas accompagnée d'un a bandon des prénoms chrétiens. Si les prénoms ne fournissent pas un indicateur religieux important dans l'histoire de l'Europe, leur utilisation comme indicateur social dans d'autres domaines comme les relations entre les hommes et les femmes devrait être prudente.

Il n'en reste pas moins que le prénom est dans la plupart des sociétés un important marqueur du sexe, mais la frontière peut être plus ou moins étanche. Il faut aussi noter que les prénoms masculins sont beaucoup plus souvent féminisés que les prénoms féminins masculinisés. Manifestement les francophones ont connu un grand engouement pour les prénoms homonymes pour les deux sexes au XXe siècle, particulièrement pour les garçons. Les théories élaborées autour de ces prénoms aux États-Unis ne s'appliquent pas du tout et sont même contredites par les observations canadienne et française. Contrairement aux États-Unis, plus de garçons que de filles reçoivent un prénom homonyme, et la popularité d'un prénom chez les filles ne fait pas nécessairement diminuer la fréquence du choix de ce prénom chez les garçons. Au contraire, comme le mentionnent Besnard et Desplanques (2001, p.318), « Plus les prénoms se ressemblent, plus leur carrière tend à être simultanée ». Il n'y a donc pas de mur du son entre les sexes pour les prénoms français.

Quelques références :
Alford, Richard D., 1987. Naming and Identity: A Cross-Cultural Study of Personnal Naming Practices, New Haven, HRAF, 190 p.
Besnard, Philippe et Guy Desplanques, 2001. La cote des prénoms en 2002, Paris, Balland, 478 p.
Bozon, Michel, 1987. « Histoire et sociologie d'un bien symbolique, le prénom », Population, vol. 41, no 1, p. 83-98.
Desplanques, Guy, 1986. « Les enfants de Michel et Martine Dupont s'appellent Nicolas et Céline », Économie et statistique, no 184, p. 63-83.
Duchesne, Louis, 2001. Les prénoms, des plus rares aux plus courants au Québec, Outremont, Trécarré, 372 p.
Duchesne, Louis, Site web: http://www.clic.net/~loduches/
Lieberson, Stanley, et al., 2000. « The Instability of Androgynous Names: The Symbolic Maintenance of Gender Boundaries », American Journal of Sociology,, Vol. 105, No 5: 1249-87.
Wilson, Stephen, 1998. The Means of Naming, a Social and Cultural History of Personal Naming in Western Europe, London, UCL Press, 402 p.

Figure 1 | retour au texte


Figure 2 | retour au texte


Figure 3 | retour au texte


Figure 4 | retour au texte


Figure 5 | retour au texte


Figure 6 | retour au texte


Figure 7 | retour au texte


Figure 8 | retour au texte


Figure 9 | retour au texte


Figure 10 | retour au texte


Figure 11 | retour au texte


Figure 12 | retour au texte


Figure 13 | retour au texte


Figure 14 | retour au texte


Figure 15 | retour au texte


Figure 16 | retour au texte


Figure 17 | retour au texte


Figure 18 | retour au texte

Tableau 1 a | retour au texte
Prénoms homonymes pour les deux sexes selon leur fréquence au 20e siècle et taux de féminité, États-Unis, France, Québec
(classés par ordre alphabétique)

Québec USA


Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2 Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2

Aimé 17,0 Aimée 1,6 8,4 Adrian 6,2 Adrienne 4,7 43,1
Alex 17,1 Alexe 1,8 9,7 Alexis 1,7 Alexis 8,1 82,3
André 193,2 Andrée 35,4 15,5 Angel 10,5 Angel 3,1 22,9
Camille 20,6 Camille 19,1 48,1 Billy 27,3 Billie 7,4 21,4
Carol 6,9 Carole 56,2 89,1 Bobby 20,7 Bobbie 7,6 26,8
Claude 148,6 Claude 7,1 4,6 Carroll 4,2 Carol 58,6 93,3
Daniel 121,7 Danielle 61,4 33,5 Cary 1,2 Carrie 17,6 93,4
Dany 42,8 Dany 5,0 10,4 Casey 4,9 Casey 5,6 53,3
Dominique 50,0 Dominique 25,1 33,4 Corey 8,1 Cori 1,5 15,4
Doris 1,2 Doris 14,6 92,3 Dakota 2,3 Dakota 0,4 15,0
Frédéric 59,7 Frédérique 8,6 12,6 Dale 17,5 Dale 1,2 6,5
Gabriel 54,5 Gabrielle 59,0 52,0 Dana 3,0 Dana 10,3 77,6
Jessy 6,9 Jessie 7,0 50,6 Devin 11,5 Devin 1,4 11,0
Joël 14,6 Joëlle 8,0 35,6 Francis 25,6 Frances 54,1 67,9
José 2,8 Josée 72,1 96,2 Gale 1,6 Gail 16,7 91,1
Marcel 124,4 Marcelle 28,3 18,6 Jackie 4,7 Jackie 5,3 52,8
Maxime 76,2 Maxime 1,4 1,8 Jaime 3,5 Jamie 17,4 83,2
Michel 193,9 Michelle 50,4 20,6 Jan 1,3 Jan 2,9 68,2
Pascal 41,2 Pascale 17,5 29,7 Gene 8,9 Jean 46,4 83,9
Raphaël 16,2 Raphaëlle 2,5 13,4 Jerry 36,8 Jerry 1,2 3,2
René 101,0 Renée 20,4 16,8 Jesse 31,0 Jessie 14,2 31,5
Stéphane 97,5 Stéphane 1,4 1,4 Jody 1,6 Jodi 8,5 84,2
Total 1408,1 503,9 26,4 Joe 34,1 Joe 0,8 2,2
Jordan 11,1 Jordan 3,9 26,0
France Kelly 4,5 Kelly 35,4 88,6
Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2 Kim 1,7 Kim 9,3 84,9

Aimé 14,5 Aimée 9,5 39,7 Laverne 1,9 Laverne 3,2 62,9
Alix 1,0 Alix 3,1 75,3 Lee 16,8 Lee 4,2 20,1
Axel 7,0 Axelle 3,0 30,3 Leslie 9,6 Leslie 14,1 59,6
André 250,97 Andrée 75,3 23,1 Loren 3,2 Lauren 18,6 85,2
Camille 22,6 Camille 34,3 60,3 Lynn 3,6 Lynn 13,5 78,9
Claude 123,5 Claude 16,9 12,0 Marion 6,6 Marion 18,1 73,2
Daniel 115,7 Danielle 68,1 37,1 Marlin 1,4 Marlyn 0,2 11,7
Dany 3,9 Dany 2,1 34,5 Merle 2,8 Merle 1,3 31,6
Dominique 58,4 Dominique 41,4 41,5 Rene 2,9 Renee 11,2 79,7
Frédéric 80,9 Frédérique 12,4 13,3 Riley 2,0 Riley 0,4 18,3
Gabriel 35,3 Gabrielle 28,8 44,9 Robin 2,1 Robin 18,4 89,6
Gaël 6,0 Gaëlle 14,6 70,7 Sean 34,6 Shawn 1,7 4,8
Gwenaël 2,3 Gwenaëlle 5,9 72,2 Shannon 2,7 Shannon 15,4 85,3
Jessy 2,3 Jessie 1,6 41,3 Sidney 7,4 Sydney 3,6 32,9
Joël 34,6 Joëlle 23,5 40,5 Stacy 1,5 Stacy 19,9 92,8
José 12,8 Josée 1,3 9,0 Taylor 4,6 Taylor 9,5 67,2
Lilian 2,5 Liliane 34,6 93,3 Terry 22,2 Terri 16,2 42,3
Maël 1,7 Maëlle 2,3 57,5 Tony 14,2 Toni 5,2 27,0
Marcel 175,7 Marcelle 83,0 32,1 Tracy 3,6 Tracy 22,7 86,4
Michel 232,1 Michèle 85,4 26,9 Total 429,5 541,5 55,8
Morgan 5,2 Morgane 14,6 73,6
Noël 15,5 Noëlle 8,7 36,1
Pascal 71,8 Pascale 25,0 25,8
Raphaël 18,3 Raphaëlle 2,7 12,8
René 186,1 Renée 78,4 29,6
Yannick 20,5 Yannick 1,2 5,6
Total 1501,0 677,9 31,1
1. Somme des fréquences annuelles (%) de 1900 à 1999; cela représente pour chacun des sexes
    la proportion d'enfants recevant tel prénom sur 10 000 enfants nés au 20e siècle (100 par année).
2. Taux de féminité ou proportion de filles parmi les enfants recevant le prénom.
Source: Louis Duchesne.
 
   

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Prénoms homonymes pour les deux sexes selon leur fréquence au 20e siècle et taux de féminité, États-Unis, France, Québec
(classés par taux croissant de féminité)
Québec USA


Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2 Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2

Stéphane 97,5 Stéphane 1,4 1,4 Joe 34,1 Joe 0,8 2,2
Maxime 76,2 Maxime 1,4 1,8 Jerry 36,8 Jerry 1,2 3,2
Claude 148,6 Claude 7,1 4,6 Sean 34,6 Shawn 1,7 4,8
Aimé 17,0 Aimée 1,6 8,4 Dale 17,5 Dale 1,2 6,5
Alex 17,1 Alexe 1,8 9,7 Devin 11,5 Devin 1,4 11,0
Dany 42,8 Dany 5,0 10,4 Marlin 1,4 Marlyn 0,2 11,7
Frédéric 59,7 Frédérique 8,6 12,6 Dakota 2,3 Dakota 0,4 15,0
Raphaël 16,2 Raphaëlle 2,5 13,4 Corey 8,1 Cori 1,5 15,4
André 193,2 Andrée 35,4 15,5 Riley 2,0 Riley 0,4 18,3
René 101,0 Renée 20,4 16,8 Lee 16,8 Lee 4,2 20,1
Marcel 124,4 Marcelle 28,3 18,6 Billy 27,3 Billie 7,4 21,4
Michel 193,9 Michelle 50,4 20,6 Angel 10,5 Angel 3,1 22,9
Pascal 41,2 Pascale 17,5 29,7 Jordan 11,1 Jordan 3,9 26,0
Dominique 50,0 Dominique 25,1 33,4 Bobby 20,7 Bobbie 7,6 26,8
Daniel 121,7 Danielle 61,4 33,5 Tony 14,2 Toni 5,2 27,0
Joël 14,6 Joëlle 8,0 35,6 Jesse 31,0 Jessie 14,2 31,5
Camille 20,6 Camille 19,1 48,1 Merle 2,8 Merle 1,3 31,6
Jessy 6,9 Jessie 7,0 50,6 Sidney 7,4 Sydney 3,6 32,9
Gabriel 54,5 Gabrielle 59,0 52,0 Terry 22,2 Terri 16,2 42,3
Carol 6,9 Carole 56,2 89,1 Adrian 6,2 Adrienne 4,7 43,1
Doris 1,2 Doris 14,6 92,3 Jackie 4,7 Jackie 5,3 52,8
José 2,8 Josée 72,1 96,2 Casey 4,9 Casey 5,6 53,3
Total 1408,1 503,9 26,4 Leslie 9,6 Leslie 14,1 59,6
Laverne 1,9 Laverne 3,2 62,9
France Taylor 4,6 Taylor 9,5 67,2
Hommes Fréquence1 Femmes Fréquence1 % de filles2 Francis 25,6 Frances 54,1 67,9

Yannick 20,5 Yannick 1,2 5,6 Jan 1,3 Jan 2,9 68,2
José 12,8 Josée 1,3 9,0 Marion 6,6 Marion 18,1 73,2
Claude 123,5 Claude 16,9 12,0 Dana 3,0 Dana 10,3 77,6
Raphaël 18,3 Raphaëlle 2,7 12,8 Lynn 3,6 Lynn 13,5 78,9
Frédéric 80,9 Frédérique 12,4 13,3 Rene 2,9 Renee 11,2 79,7
André 250,97 Andrée 75,3 23,1 Alexis 1,7 Alexis 8,1 82,3
Pascal 71,8 Pascale 25,0 25,8 Jaime 3,5 Jamie 17,4 83,2
Michel 232,1 Michèle 85,4 26,9 Gene 8,9 Jean 46,4 83,9
René 186,1 Renée 78,4 29,6 Jody 1,6 Jodi 8,5 84,2
Axel 7,0 Axelle 3,0 30,3 Kim 1,7 Kim 9,3 84,9
Marcel 175,7 Marcelle 83,0 32,1 Loren 3,2 Lauren 18,6 85,2
Dany 3,9 Dany 2,1 34,5 Shannon 2,7 Shannon 15,4 85,3
Noël 15,5 Noëlle 8,7 36,1 Tracy 3,6 Tracy 22,7 86,4
Daniel 115,7 Danielle 68,1 37,1 Kelly 4,5 Kelly 35,4 88,6
Aimé 14,5 Aimée 9,5 39,7 Robin 2,1 Robin 18,4 89,6
Joël 34,6 Joëlle 23,5 40,5 Gale 1,6 Gail 16,7 91,1
Jessy 2,3 Jessie 1,6 41,3 Stacy 1,5 Stacy 19,9 92,8
Dominique 58,4 Dominique 41,4 41,5 Carroll 4,2 Carol 58,6 93,3
Gabriel 35,3 Gabrielle 28,8 44,9 Cary 1,2 Carrie 17,6 93,4
Maël 1,7 Maëlle 2,3 57,5 Total 429,5 541,5 55,8
Camille 22,6 Camille 34,3 60,3
Gaël 6,0 Gaëlle 14,6 70,7
Gwenaël 2,3 Gwenaëlle 5,9 72,2
Morgan 5,2 Morgane 14,6 73,6
Alix 1,0 Alix 3,1 75,3
Lilian 2,5 Liliane 34,6 93,3
Total 1501,0 677,9 31,1
1. Somme des fréquences annuelles (%) de 1900 à 1999; cela représente pour chacun des sexes
    la proportion d'enfants recevant tel prénom sur 10 000 enfants nés au 20e siècle (100 par année).
2. Taux de féminité ou proportion de filles parmi les enfants recevant le prénom.
Source: Louis Duchesne.

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